Un Sari couleur de boue de Kashmira Sheth

design-24Titre : Un Sari couleur de boue
Auteur : Kashmira Sheth
Editeur : Ecole des Loisirs

Résumé

Leela a été fiancée à deux ans, mariée à neuf. A treize ans elle s’apprête à s’installer dans sa belle-famille quand son mari, mordu par un serpent venimeux, meurt de ses blessures.
Dans l’Inde des années 1920, il y a pire que d’être un intouchable.
C’est être une veuve.
Leela va devenir une morte vivante. Rester cloîtrée pendant un an. Ôter tous ses bijoux, se raser la tête et ne plus porter qu’un sari spécial couleur de boue. Elle ne devra jamais se remarier. Partout où elle passera, elle portera malheur.
Elle est au désespoir.
Heureusement, Leela peut compter sur quelques alliés: Kanubhai, son frère ainé, qui a promis de revenir l’aider; Saviben, sa directrice d’école, qui est décidée à lui donner des cours à domicile. Ainsi que Gandhiji, un drôle de bonhomme qui prend fait et cause pour les paysans, les tisserands et tous les opprimés. D’ailleurs, celui-ci commence à bousculer les traditions et les consciences dans tout le pays…

Avis

« Cette matinée magnifique, semblable à une fleur de frangipanier, vient d’être piétinée. Être veuve, c’est vivre en quarantaine pour le restant de ses jours, et je ne peux pas l’accepter. »

L’Inde, un pays haut en couleurs et en odeurs qui m’a toujours fascinée. C’est un pays tellement intéressant et complexe : entre ses traditions, ses religions, sa culture, son histoire, son art de vivre … De plus, c’est tellement grand que selon un état où même une ville, rien n’est pareil. J’ai pour objectif de découvrir peu plus sur ce fascinant pays à travers des romans, des récits vrais ou même fictifs. A défaut de pouvoir voyager, pour diverses raisons, je le fais par procuration à travers de nouvelles lectures ! J’ai décidé de commencer par le roman Un sari couleur de boue de Kashmira Sheth, dont je vais vous livrer mon avis. J’ai découvert un roman magnifique, remplis de leçons de vie. Ça été une excellente lecture !

Dès les premières lignes, nous partons pour un voyage en Inde dans les années 20. Une période trouble dans ce pays encore colonisé par les britanniques, et où les mentalités de ce peuple sont déchirées entre un désir d’évolution social, politique et un respect de leurs traditions ancestrales. C’est dans ce contexte que nous allons suivre notre personnage principal. Leela est une jeune fille de treize ans, pétillante de vie, douce et d’une grande gentillesse. Elle est très aimée par sa famille et même un peu gâtée. Elle doit bientôt quitter sa famille pour aller vivre avec son mari, avec qui on l’a mariée lorsqu’elle avait neuf ans, mais ce dernier décède brutalement. Leela voit sa vie basculer brutalement, alors qu’elle devient veuve à l’âge de treize ans. Cependant, être veuve en Inde et surtout dans la région de Gujarat où les traditions sont ancrées dans les mœurs, c’est pire que tout, c’est voir sa vie s’arrêter. Leela commence une nouvelle vie sans bijoux, ni robes multicolores, désormais exclue de la vie en communauté, elle ne pourra plus prendre place aux réjouissances qui animent chaque jour sa région. Elle devra vivre en recluse, le crâne rasé et porter uniquementun sari couleur de boue, la tenue traditionnelle qui représente les veuves de Gujarat.

« Les bons moments s’échappent toujours trop vite, alors que les mauvais semblent ne jamais vouloir finir. Mais les uns comme les autres passent tandis que moi, je reste. Moi seule. »

Leela est une jeune fille qui m’a énormément touchée. Malgré qu’elle soit mariée et déjà veuve, elle reste avant tout une enfant de treize ans, qui a dû mal à comprendre et surtout à accepter les coutumes qui suivent le décès de son mari. On lui demande de se comporter comme une femme responsable, ce qu’elle n’est pourtant pas. Du jour au lendemain, elle doit vivre isolée chez elle à l’écart des autres comme si son état était contagieux et sans perspective d’avenir. Malgré son malheur, je l’ai trouvé très forte, vraie et tellement inspirante. Sa famille m’a beaucoup touché également, notamment sa mère et son frère qui sont des piliers pour Leela. Ils sont tous là pour elle, et essayent de la soutenir dans cette épreuve. Ils sont tiraillés entre le respect des traditions et le bien-être de la jeune fille. Ce genre de situation familiale et culturelle me parle et me touche. J’ai eu un coup de cœur pour son grand frère et sa directrice d’école, des personnages que j’admire et qui font tout pour accompagner Leela dans son émancipation.

J’ai eu coup de cœur pour la plume douce, légère et tellement poétique de Kashmira Sheth, malgré les sujets abordés. Elle utilise un champ lexical haut en couleur qui met tous nos sens en éveilles et en émois. Il est totalement impossible de ne pas succomber au charme de sa plume vive et détaillée avec des descriptions sont tellement réalistes. Tout au long de notre lecture, on est complètement plongé dans ce paysage et cette culture indienne, avec ses traditions et accompagné par des personnages vraiment attachants. A cela s’ajoute le petit plus que j’ai énormément apprécié aussi, c’est le contexte historique, qui permet d’en apprendre plus sur cette période de révoltes politiques et sociales qui a secoué l’Inde, et où les mentalités évoluent grâce notamment à la parole de Gandhi.

 « Bientôt viendra le jour où hommes et femmes marcheront main dans la main, comme de véritables partenaires. »

Ce roman basé sur la vie de la grande-tante de l’auteure et s’appuyant sur des faits avérés et aussi porteur de très beaux messages. Il traite des conditions de la femme en Inde dans les années 1920 qui subissent de manière très sévère des poids des traditions. Le sujet est dur, mais traité avec talent, justesse et réalisme pour nous transporter à la lisière entre le roman d’apprentissage et historique. L’épreuve que vie Leela la pousse à grandir et on va vivre avec elle son évolution. Les bouleversements qui secouent son pays vont l’emmener remettre en question ses propres convictions, les traditions de son pays et essayer de trouver sa place en tant que femme dans une société qui enferme, exclue les veuves et même les intouchables. Ainsi ce récit est un hommage remplit d’espoir qui véhicule de très beaux messages sur la liberté et les pouvoirs de l’éducation dans l’émancipation des femmes, d’un peuple et d’une société.

Je me réjouis d’avoir découvert ce roman au détour d’une librairie. C’est un magnifique roman, poétique qui met tous nos sens en éveilles. Le fond de l’histoire ainsi que les sujets abordés sont vraiment intéressants et enrichissants, grâce notamment à une héroïne forte et courageuse qui va tout faire s’émanciper et se libérer de ses chaines. Je conseille fortement ce livre à tous ceux qui ont un désir de voyage et d’évasion ou qui s’intéressent aux conditions des femmes dans une société différente.

« A certains moments, on me traite comme une enfant tandis qu’à d’autres, on me demande de me comporter en adulte. Il faudrait savoir, soit je suis trop jeune pour qu’on me raconte tout, et, dans ce cas, je suis aussi trop jeune pour être veuve ; soit je suis une grande personne. »

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