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La fille qui n’existait pas de Nathalie C. Anderson

img_0885Titre : La fille qui n’existait pas
Auteur : Nathalie C. Anderson
Editeur : Pocket Jeunesse

 

Résumé

Tina ne vit pas, elle survit sur le toit d’un immeuble des bas-fonds de Sangui. Cambrioleuse la plus habile d’un gang kényan, elle ne pense qu’à une chose : venger sa mère assassinée par son ancien employeur, le nabab blanc M. Greyhill. L’occasion se présente enfin quand on lui demande de s’introduire dans la luxueuse villa de ce dernier. Prise sur le fait par Michael, le fils Greyhill avec lequel elle a grandi, Tina commence à douter. Submergés par les souvenirs de leur enfance, les deux jeunes gens décident de passer un marché… Entre les rues inquiétantes de Sangui et la guerre qui menace son village natal, Tina voit sa vengeance prendre un tournant qu’elle n’aurait jamais pu imaginer…

 

Avis 

« Les gens ne cherchent pas à se venger pour trouver le bonheur. Ils se vengent parce qu’ils le doivent. »

J’ai eu un coup de cœur immédiat pour la couverture de ce roman lorsque Pocket Jeunesse a annoncé sa prochaine publication. Le graphisme, très original qui rappel tout de suite l’Afrique, attire l’œil avec l’héroïne qui se confond dans l’imprimé, un clin d’œil au titre. J’ai été encore plus interpellée par le résumé, j’étais ravie à l’idée de lire quelque chose de différent dans le genre du young-adult. De plus, je n’ai pas l’habitude de lire d’histoires qui se déroule en Afrique. C’est donc avec curiosité et beaucoup de d’attente que je me suis plongée dans ce roman. Au final, j’ai beaucoup aimé ce roman qui aborde des thèmes importants avec habilité.

Tina, 16 ans est une voleuse hors pair. Depuis 5 ans, elle vit à la rue sur le toit d’un immeuble, et collabore avec un gang terriblement dangereux de Sangui, ville de Kenya. Tout ce qui importe à Tina, c’est que sa petite sœur Kiki soit en sécurité dans son pensionnat catholique et reçoive une éducation de qualité. Mais ce qui la motive le plus, c’est sa vengeance pour le meurtre de sa mère survenu cinq ans plus tôt dans des circonstances assez mystérieuses. Pour la jeune fille, le coupable est M. Greyhill, le patron de sa mère qui était employée en tant que domestique chez lui. Aveuglée par sa soif de vengeance, Tina mettra tout en place pour faire tomber l’homme qu’elle déteste grâce à l’aide de M. Omoko le chef de gang des Goondas pour qui elle travaille. Mais Tina est jeune, entêtée, impulsive et ignore encore tellement de chose. Lors d’un travail, pour le gang, qui contribue aussi à sa vengeance et dans un malheureux concours de circonstances, elle va se retrouver en présence de son passé et son enfance. Les évènements qui en découlent vont l’amener à changer ses plans et à se replonger dans le passé de sa mère, quitte à découvrir qu’il existe de nombreuses zones d’ombres et que son histoire est plus complexe que ce qu’elle en a perçu enfant.

Tina est une héroïne très forte, déterminée et impressionnante qui ne vit que pour sa petite sœur et sa vengeance. Parfois impulsive, elle n’en reste pas moins intelligente et rusée. Elle est habituée à agir dans l’urgence, la discrétion et ne semble avoir besoin de personne. Je me suis beaucoup attachée à elle, j’ai aimé la suivre avec ses règles de voleuse et la voir évoluée et murir tout au long du roman. On a aussi tout une panoplie d’autres personnages qui gravitent autour d’elle et qui sont aussi très intéressants et bien exploité. Certains sont plus touchant, d’autres encore plus complexe ou plus cruels.

« Qu’est-ce que tu veux que je fasse ? Tu m’as prise pour qui ?

Pour celle que tu es, Tina ! Une voleuse et une survivante, pas quelqu’un qui attend la mort en se tournant les pouces ! Quelqu’un qui agit selon ses propres règles ! »

L’intrigue de départ est assez classique : une vengeance pour le meurtre de sa mère, une rencontre avec le passé qui peut tout faire basculer, et on imagine très rapidement ce qui va se mettre en place. C’est ce que j’ai pensé au début de ma lecture notamment parce que l’action et les événements mettent un peu de temps à s’enchainer et même si on ne s’ennuie pas avant, on reste dans l’attente de quelque chose de plus. Mais très vite, il apparait que ce livre est bien plus que ce qu’il parait. J’avoue que j’ai eu un peu peur d’être déçue dans la première partie du roman, à cause de toute cette attente que j’avais, mais l’intrigue prend rapidement de la profondeur.
Elle nous entraine du Kenya au Congo pour nous offrir une diversité de paysage sensationnelle. Dans une démarche d’authenticité, l’auteure nous fera découvrir les aspects les plus beaux mais également les plus sombres de l’Afrique, avec l’esclavage dans les mines, la violence des guerres, les viols, les gangs et les milices. Une terre pleine de contraste qu’on retrouve aussi au niveau de ses habitants entre ceux qui vivent très bien, ceux qui survivent et subissent au quotidien.

L’auteure aborde des thèmes importants rarement évoqué dans la littérature youg-adult, sans faux semblants mais avec beaucoup de pudeur au vu de la dureté des thèmes. Au final, la vengeance pour le meurtre de la mère de Tina passe rapidement au second plan tant le mystère qui entoure la vie de celle-ci est prégnant. La Fille qui n’existait pas est plus qu’un thriller, c’est avant tout un livre engagé sur la condition des hommes et femmes aux prises avec les milices en Centre Afrique, des violences qui y règnent, du climat de terreur ambiant et surtout de la loi du plus fort pour régner sur l’or. Les droits humains sont bafoués et tout le monde tente de prendre le contrôle de ce qui ne lui appartient pas. C’est très révoltant et bouleversant de lire ça mais c’est malheureusement le quotidien de beaucoup d’habitants de ces pays-là.

« Les êtres humains sont des créatures complexes, ma fille. Ils ont parfois de drôles de façon de s’expliquer les choses quand ça tourne mal. Ils prennent des raccourcis qui leur permettent de mieux dormir la nuit et de se disculper. »

Nathalie C. Anderson a une plume fluide, prenant et addictive. Elle nous entraîne avec une aisance incroyable dans son récit, et j’ai eu du mal à décrocher avant de l’avoir terminé. Tout au long de notre lecture, on échafaude nos propres théories, en même temps que les certitudes de Tina vacillent au fil de ces rencontres qui vont lui apprendre certaines vérités qui vont la bouleverser. L’auteure parvient vraiment à nous tenir dans l’incertitude, entre les théories, les mensonges et les vérités. Finalement, on est aussi perdu que Tina, et jusqu’au bout on n’imagine même pas ce qui nous attend. Nathalie C. Anderson nous ballade sur des pistes évidentes, pour finir par nous surprendre, telle une illusionniste ! Elle nous fait croire qu’on a tout compris mais pas du tout !
Au-delà de cela, on découvre un livre authentique, dans lequel on peut lire un riche travail de documentation, et qui s’appuie sur des années d’expériences professionnelles au cœur des ONG, pour les Nations Unies et sur les témoignages de femmes réfugiées quand elle travaillait sur le sort des réfugiés.

Au final, La Fille qui n’existait pas est l’histoire d’une jeune fille très combative qui essaye de comprendre ses racines. Si au départ le roman offre un schéma plutôt classique du thriller, très vite il casse les codes habituels du genre et abordent des thèmes importants rarement évoqués en youg-adult et qui ne peuvent que toucher tout le monde. J’ai beaucoup aimé ce roman addictif, c’est une lecture importante que je recommande pour les thèmes abordés.

« Nos lèvres se rejoignent et c’est comme si on venait d’inventer le baiser, comme s’il n’y en avait jamais eu d’équivalent dans toute l’histoire de l’humanité. »

 

 

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